LE TEMPLE DE LA RÉDEMPTION – Temple de Cannes

Au début du XIX° siècle, les protestants de Cannes, très minoritaires et mal vus des autorités, n’avaient aucun lieu de culte, et la première église non-catholique fut créée par la colonie anglaise venue à la suite de lord Brougham et de ses amis. Vers 1840, les protestants français de Cannes commencent à s’organiser, grâce à des prédicateurs envoyés par des sociétés d’évangélisation, notamment le Suisse Abraham Charbonney. Après bien des difficultés administratives et judiciaires, deux communautés se constituent ; elles changent plusieurs fois de lieux de culte — le tout premier ayant été l’appartement du pasteur Charbonney — et se fixent dans les quartiers dont elles porteront couramment les noms, le Port et le Riou.

Dans les années 1860, l’une d’elles, dite Eglise Evangélique Française, siégeait au Riou dans une chapelle obligeamment prêtée par un riche résident anglais, l’amiral Pakenham. Elle put vivre ainsi plusieurs années sans problèmes, mais en 1873 l’amiral offrit sa maison à l’église écossaise récemment fondée ; pour autant il ne voulait pas expulser l’église française, et la laissait disposer des locaux plusieurs heures par semaine. Le conseil d’église jugea cependant que cette cohabitation causerait des difficultés, et préféra chercher un autre lieu de culte.

On pensa d’abord reprendre le terrain de l’église anglicane vouée à la démolition, puis on en choisit un autre rue Notre-Dame. Avant même l’achat, le conseil approuva le projet de l’architecte Vidal, le 23 avril 1873, et le 21 mai décida la clôture du terrain. Pour l’achat, il fallut constituer une société civile de six membres : Charles Mallet, banquier à Paris, Jacques-Louis Courant, propriétaire à Poissy, et quatre Cannois, le D° Arthur Bourcart, président du conseil d’église, le maître d’hôtel Charles-Edouard Schmid, le professeur Claude Camatte et le pasteur David Espenett. Ces six personnes fournirent de leur poche le fonds social de 70 000 francs, en 140 parts de 500 francs.

Constituée officiellement le 12 mai 1874, la société représentée par Charles Mallet acheta, le 1° juin suivant, le terrain de la rue Notre Dame, de 30 m 55 de long sur 13,10 de profondeur, en superficie 400 m² 20 ca, au prix de 6 000 francs. Il était vendu par M° Marie Hirschler, née Ricard, demeurant à Tonnerre (Yne) avec son mari, contrôleur de route au chemin de fer ; c’était un démembrement de sa propriété sise 36 rue d’Antibes.


Les archives paroissiales ne contiennent aucun dossier sur la construction, et les délibérations du conseil manquent de la fin de 1873 à 1883. On sait quand même que les travaux durèrent peu de temps grâce à l’utilisation des matériaux de l’église anglicane, dont on reçut aussi le mobilier donné par M° Evans.

La cérémonie inaugurale eut lieu le jeudi 17 décembre 1874, sous la présidence du pasteur Hocart, de l’Eglise Méthodiste de Paris, et en présence du maire Girard ; la « chapelle évangélique » de Cannes fut consacrée « au service de Dieu et à la prédication de sa parole ». Après invocation, par le pasteur Hocart, le cannois Espenett déposa la Bible sur la chaire et prit l’engagement de prêcher et professer la pure vérité de l’Evangile. Le pasteur Duchemin, de l’Eglise Evangéliste de Lyon, prononça la prière d’inauguration, suivie du sermon du pasteur Hocart, « Ma maison sera appelée une maison de prière ». Le niçois Pilatte fit une allocution de sympathie chrétienne, et après la prière du cannois Meyhoffer le pasteur Hocart donna la bénédiction.

Après des années d’errance, puis d’hébergement temporaire, l’Eglise Evangélique de Cannes trouvait enfin un abri sûr ; David Espenett et son adjoint Rodolphe Meyhoffer purent continuer leur ministère dans de bonnes conditions. La Société civile était toujours propriétaire du temple et du mobilier, comme le confirma un accord des 18 et 19 mai 1885. Pour toute la durée de la Société, le temple était concédé et serait affecté au conseil d’église pour les besoins du culte, le conseil assumant les charges ; la Société rentrerait de plein droit dans l’usage absolu du temple si le conseil d’église était dissous et non reconstitué, ou s’il prenait des arrangements contraires aux principes et aux doctrines évangéliques de l’Eglise de Cannes. Cet accord fixa le statut du temple pendant vingt ans.

Les années suivantes furent marquées d’abord, en 1900, par les fêtes du XXV° anniversaire, en présence de nombreux représentants des églises amies. Diverses réunions se succédèrent en quatre jours, et pour maintenir l’unité on avait choisi le mot « Maître » comme thème central des exhortations, « Jésus est le Maître ». Le pasteur Henri Bonnefon, à Cannes depuis dix ans, eut la lourde charge d’organiser ces journées, et il y réussit parfaitement. Fête de la jeunesse à l’hôtel d’Europe le 1° février, réunion de consécration et conférence pastorale le 2, réunion générale des œuvres le 3, culte solennel et assemblée générale le dimanche 4. Pour ce dimanche d’exception, on avait décoré le temple de guirlandes et de palmes, le drapeau flottait à l’entrée ; le pasteur Delapierre, de Menton, prêcha sur une parole de l’Apocalypse, « Celui qui vaincra ». A l’assemblée de l’après-midi, Henri Bonnefon acheva son rapport moral par cette invocation : « Aimons notre temple, et que le Saint-Esprit fasse de chacun de nous des pierres vivantes entrant dans la structure de l’édifice à la gloire de Jésus Christ ! ». Après des paroles affectueuses pour ses collaborateurs et tous ses fidèles, il annonça une grande nouvelle. Le conseil, sur la suggestion du trésorier honoraire Edouard Schmid, avait donné à l’édifice le nom d’Eglise de la Rédemption ; et ceci grâce à l’amabilité du pasteur Samuel Marrauld, de l’autre église française de Cannes, qui avait renoncé à ce nom sur lequel il avait des droits antérieurs.

En 1906, la nouvelle législation imposa un transfert de propriété. Le 7 décembre 1906, la Société civile prononça sa propre dissolution et la dévolution de ses biens à la toute jeune Association culturelle, sous la seule réserve que l’immeuble de la rue Notre-Dame resterait affecté à la célébration du culte évangélique, conformément à l’article IV des statuts de l’Association. Dès le 8, les membres de la Société remirent la propriété à l’Association représentée par son secrétaire Isaac Démolé. En fait, l’obligation légale ne fut qu’un accord interne au sein de la même communauté spirituelle.


Les années, les décennies passent. En 1902 on remplace le vieil harmonium par le premier orgue, qui jouera jusqu’en 1968 ; en 1906, le verrier niçois Bertin pose les vitraux pour un siècle. Le 15 mars 1939 a lieu au temple le premier office œcuménique de Cannes, à l’initiative du pasteur Charles Monod. Pendant deux guerres, la communauté éprouvée vient chercher réconfort au temple de la Rédemption.

Malheureusement, l’édifice subit des dommages en 1944 ; les bombardements du port, celui du 15 août, lui causent de graves dégâts, surtout à la toiture, aux chéneaux, au plafond. Charles Monod et le conseil commencent de longs travaux, payés en grande partie sur dommages de guerre. Une première campagne oblige à fermer le temple plusieurs mois ; la communauté trouve asile dans une salle de l’Eglise Libre, mais on lui avait offert aussi la chapelle catholique Saint-Roch au Suquet. On profite du chantier pour aménager et embellir. Ainsi, on dépose les petits vitraux de la façade, qu’en 1952 on donnera au temple de Trescléoux (Hautes-Alpes) ; on met en place une nouvelle chaire et une nouvelle table de communion, la communion que symbolisent le blé et le raisin sculptés dans le bois par l’artiste cannoise Reine-Marie Stevenino. Le décorateur Champseix, les menuisiers Vassal et Schoener, le sculpteur Stevenino offrent leur travail. Au printemps de 1949 tout est terminé.

Le samedi saint 23 avril, les fidèles se réunissent dans le temple rénové. Après une partie liturgique, on fait l’appel des morts des deux guerres, puis l’appel des anciens pasteurs et suffragants, des moniteurs, des chefs et des cheftaines. Les chorales de Nice et de Cannes se font entendre, des jeux de lumière mettent la croix en évidence ; le pasteur Boegner présente les transformations du temple en commentant la rencontre d’Emmaüs et la première Sainte-Cène. Dimanche 24, Marc Boegner préside le culte pascal et inaugure ainsi la nouvelle table de communion ; l’après-midi, au grand théâtre Martinez, il fait devant une nombreuse assistance une conférence sur « le drame de la civilisation occidentale ».

Vingt ans plus tard, en 1968, on prévoit pour le temple de grandes transformations, on veut le raser et le reconstruire plus élevé, en lui adjoignant des locaux en copropriété, mais son statut juridique s’oppose au projet. Le centenaire approche, il convient de le fêter dignement, d’autant plus que le cinquantenaire n’avait été marqué d’aucune cérémonie particulière.

Le 9 décembre 1973, le pasteur Michel North organise un culte de dédicace. Après la confession de foi, les conseillers presbytéraux entourent la table de communion et prononcent les paroles de dédicace :

A la Gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit, nous dédions cette maison au service de Dieu, dans la louange et la prière ; à la prédication de l’Evangile de Jésus-Christ, crucifié, ressuscité et glorifié ; à la célébration des baptêmes et de la Sainte-Cène, nous dédions cette Maison.

A l’instruction chrétienne de la jeunesse ; à la bénédiction de la vie familiale ; à la consolation des affligés, nous dédions cette Maison.

A l’affermissement de la Foi et de l’Espérance, dans l’attente du règne de Dieu, au rayonnement de la charité, du pardon et de la paix, nous dédions cette Maison.

Rendons grâce à Dieu.

Le pasteur Jeannet, président du conseil synodal, fait la prédication.

Pendant les travaux de 1974, la communauté se réunit encore dans la salle Edith-Cavell, de l’Eglise Libre, puis à la Colline. Du sous-sol au toit, on restaure, on améliore, on embellit, sous la direction de l’architecte…

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